Après le recul et l’acceptation, l’honnêteté

174 jours.

C’est le temps qu’il m’aura fallu pour me décider à vous écrire.

174 jours se sont écoulés depuis mon départ de Bruxelles, le 31 aout 2015 au matin, date de mon départ chaotique et précipité vers l’inconnu.

Ce matin-là, j’ai couru comme une dératée dans les grands halls de l’aéroport de Zaventem. Je n’ai eu le temps que de serrer ma petite soeur dans mes bras l’espace de quelques secondes, tout juste assez que pour lui transmettre tout mon amour et pour retenir la larme que je sentais déjà vouloir s’échapper de mes yeux mouillés. Je n’ai même pas pu dire au revoir à ma mère.

J’ai couru comme je l’ai toujours fait. A ce jour, je ne saurais dire si je courrais tout droit vers mon futur, ou le plus loin possible de mon passé. Le fait est qu’il m’était impensable de rater cet avion. Je le vois au loin, derrière les grandes baies vitrées des portes d’embarquement ; ils ferment les portes. Les derniers passagers sont installés dans l’appareil, les stewards font signe, déclarent qu’ils sont prêts à démarrer ; je double la cadence. Mes poumons vont éclater, mon coeur bat la chamade, j’ai tellement chaud sous ma veste que j’en suffoque presque, mais j’arrive in extremis. Ils rétablissent l’accès pour moi.

Je l’ai eu. Ca y est. Je suis prête. Tout fait sens dans ma tete, tout se remet dans l’ordre ; je n’aurais pas pu rater cet avion ; l’enjeu était bien trop important.

Installée a coté du hublot, le front collé à la vitre, je ne manque pas une miette du décollage. Dans mes oreilles s’écoulent les premières notes de « First Day of My Life » de Bright Eyes. A mon excitation se mêle un sentiment que je ne connais que trop bien ; l’arrière-goût amer de la fuite. Je culpabilise en pensant à maman, restée sur le parking de l’aéroport, certainement occupée a scruter le ciel dans l’espoir de m’apercevoir une dernière fois.

Bright Eyes – First Day Of My Life 

Mais très vite, je découvre un sentiment qui ne s’était plus manifesté en moi depuis longtemps ; la sérénité. Je suis sereine. Je ne me pose pas de questions, je ne tente pas de m’imaginer des scénarios dans ma tête, je ne stresse pas à l’idée de me perdre ou de me retrouver coincée dans une situation délicate ; je sais que ce ne sera pas le cas. Je ne sais pas si j’ai confiance en moi ou en la vie en elle-même, mais je suis absolument en paix. Un passager curieux aurait pu certainement penser en m’observant que j’effectuais la liaison Bruxelles-Bangkok régulièrement.

Je couche mes pensées par écrit, réflexe que j’ai aujourd’hui adopté quotidiennement. Je suis frappée par l’optimisme qui teinte chacune de mes phrases. Dès le moment où je me suis assise dans cet avion, je l’ai su ; j’allais écrire le premier chapitre du reste de ma vie, une fin et un commencement, une mort et une renaissance. Je laissais derrière moi la noirceur pour m’élancer vers la lumière.

Quelques heures à peine me séparent de mon personnage torturé et vicieux du passé de celui, inspiré, du futur. Comme si je rencontrais une nouvelle personne en moi-même. Comme si je rencontrais la personne que j’étais destinée à être mais que je ne cessais de renier, de refouler sous une avalanche de mauvaises excuses et de comportements destructeurs.

Et je peux dire que je fus plus qu’enchantée de faire ma connaissance.

Vous est-il déjà arrivé de douter de vous-même à un point tel que vous finissiez par vous poser la question « Mais ou suis-je passé? », « A quel moment me suis-je perdu »?

Cette sensation étrange et désagréable me heurtait de temps à autres, entre deux périodes de brouillard. Ca fait mal. Et au plus je prenais conscience de ma dérive, au plus le besoin de me laisser dériver plus loin encore se faisait ressentir.

Je suis une personne qui fuit. Je fuis, c’est mon truc à moi. Mais si, avant mon départ, je fuyais ma réalité pour me réfugier dans des recoins de mon être toujours plus sombres, ce jour-là, j’ai fui afin de me sauver la vie. J’ai fui en courant vers des jours meilleurs, vers la vie que je m’étais toujours refusé à vivre. Je me suis choisie. 

Et putain, c’est le pied.

Cet article n’a pas pour but de faire office de confessional, et je ne rentrerai pas dans les détails qui m’ont poussée à partir, commencer une nouvelle et meilleure vie.

Le message que je veux transmettre ici est que fuir n’est pas une mauvaise chose. Fuir pour se sauver et entamer un nouveau chapitre de sa vie n’a strictement rien de négatif, c’est une démarche à part entière dont je suis fière et reconnaissante envers moi-meme.

Ne laissez rien ni personne se mettre en travers de votre chemin, jamais. Ne laissez personne vous faire culpabiliser en vous reprochant de ne pas faire face à vos responsabilités et de choisir l’option « facile » de la fuite (hahahaha au passage quel préjugé stupide). Faites ce que vous sentez que vous avez besoin de faire, pour VOUS. Pas pour le regard des autres, pas par crainte de l’image que vous pourriez donner de vous-même ou de celle qui restera gravée dans les esprits. On s’en fout. Ce qui importe, c’est que votre préoccupation première devrait toujours être VOUS-MÊME, peu importe vous pouviez aimer ou craindre votre entourage, peu importe que vous ayez besoin d’eux ou qu’ils aient besoin de vous. La personne dont vous avez le plus besoin dans votre vie est celle que vous faites respirer tous les jours, celle pour laquelle vous vous levez le matin.

Alors prenez soin de vous. Prenez les décisions que vous SENTEZ être les bonnes pour vous. Et si cette décision implique de tout quitter pour vivre la vie de vos rêves hors de votre train-train habituel et de votre zone de confort, mais que vous ne possédez pas les outils dont vous pensez avoir besoin pour vous lancer, besoin de courage et de motivation, ou que vous ayez tout simplement besoin d’inspiration,

Bienvenue sur mon blog !

 

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Ton Sai Beach, Krabi Province, Thailand

11 réflexions sur “Après le recul et l’acceptation, l’honnêteté

  1. Super ton article ! Je suis aussi partie pour « fuir » mais quelle belle découverte de soi-même au bout du compte. Je reviens d’un mois en Thaïlande (rentrée il y a 2 jours). Ma tête est encore là-bas. Quel pays magnifique, que de rencontres incroyables. Je te souhaite de t’épanouir dans tes voyages. Merci pour les dernières phrases de ton article qui m’ont fait pleurer « Ne laissez rien ni personne se mettre en travers de votre chemin, jamais. Ne laissez personne vous faire culpabiliser en vous reprochant de ne pas faire face à vos responsabilités et de choisir l’option « facile » de la fuite ». Je ressens le besoin de repartir, et repartir plus longtemps, peut-être pour une durée indéterminée mais malgré tout je culpabilise… A bientôt !

    Aimé par 2 people

  2. Très bel article, bon début 😀 Je ne suis pas hyper fidèle dans les blogs que je suis mais je sens que je vais aimer suivre le tien ! Très sincère, j’adore ta façon d’écrire et je partage ta façon de penser. J’ai fui le domicile familial pour me sauver aussi et quelques semaines plus tard je suis partie vivre dans le pays voisin (Belgique -> France). Maintenant je me renseigne pour de nouveau partir vivre dans un autre pays, tout en préparant des petits voyages ici et là, quand les finances me le permettront dans les prochains mois. Aucun regret, même si mes amis et ma soeur me manquent ! Je suis pressée de voir à quoi ressemble ton aventure 😀

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  3. Ton article m’amène à me demander pourquoi les voyages au bout du monde sont « à la mode ». Tu parles de fuir le passé, dans ton cas. Mais n’est-ce pas simplement le fait que cette génération est à la recherche d’elle même et que le fait de s’extraire d’une routine permet d’ouvrir les yeux? N’est-ce pas une prise de recul plus qu’une fuite? (Je parle ici en règle générale, pas spécialement pour ton histoire à toi).

    Merci pour cette lecture. Beaucoup de questionnements sur mon blog aussi, si tu veux y jeter un oeil 😉

    Curieuse de lire la suite des aventures, en espérant ne pas devoir attendre 174 jours!

    Aimé par 1 personne

    1. Salut Aure, merci pour ton commentaire et ta reflexion!

      Selon moi, meme s’il s’agit d’une prise de recul, de l’extraction d’une routine, cela reste toujours une fuite, meme sous un angle different, et selon différents degrés.

      Notre generation prend de plus en plus conscience de l’importance du « lâcher prise » et de celle de prendre soin de soi, en partant a la découverte de sa personnalité premiere et primaire, et par cela j’entends sa personnalité débarrassée de toute influence extérieure, positive ou negative.
      Ce n’est pas seulement le voyage, mais tout le mouvement Gwyneth Paltrow qui va avec ; des foodistas qui ne jurent que par le chou kale, aux fitness girls qui exhibent fièrement leur corps sculpte sur Instagram, aux blogueuses lifestyle et mode qui prônent un mode de vie sain et la mise en valeur de soi, aux yogis et autres adeptes de la meditation qui en font un phénomène hype… Les voyageurs contribuent a cette tendance, ni plus ni moins ; aujourd’hui, être épanoui et bien dans sa peau en est d’autant plus devenu une pression depuis l’apogee des réseaux sociaux! On n’est plus seulement que conscients que certaines personnes mènent une vie de rêve ; leur vie de rêve se déroule tous les jours sous nos yeux, sur l’écran de nos smartphones.
      Fatalement, cela inspire! On est aujourd’hui plus enclins a prendre la decision d’entamer un voyage, thérapeutique ou non, car ce mode de vie s’est banalise et démocratisé.
      Cela n’est cependant, selon moi, ni plus ni moins une fuite. Qu’elle soit consciente ou non, volontaire ou non, partir a l’aventure, c’est quitter tout ce que l’on connait pour un futur absolument incertain.
      C’est une bonne chose, je pense. C’est encourageant pour le futur. Voyager forge et fait grandir. Je suis très heureuse d’être en fuite depuis plus de 6 mois!
      Est-ce que j’ai répondu a ta question ou est ce que je me suis tout simplement emballée ?
      ps ; désolé pour les fautes d’orthographe, jecris en français sur un clavier qwerty, pas evident pour la ponctuation 🙂

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      1. Merci beaucoup pour ta réponse et ton partage d’expérience. Il semblerait que nos avis soient les mêmes mais qu’on mette un mot différent sur ce phénomène (fuite vs recul).
        Et non, non, tu ne t’es pas emballée 😉

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    1. J’espère que tu ne culpabilises plus de m’avoir laissée seule sur le parking de l’aéroport !
      Je préfère mille fois te savoir HEUREUSE LOIN plutôt que malheureuse auprès de moi et Camille !
      Ta démarche a été  » Courage, Fuyons ! » et je suis très, très fière de toi car en plus tu es partie seule,
      avec juste ton sac à dos, ado, en fait jeune adulte …de 20 ans !
      Je te remercie Aline, ma chérie, car tu m’as montré ta force de vie, tu es une battante, une courageuse, un sacré petit bout de femme … Tu m’as apporté une Sérénité car je sais que tu devais trouver ta route : ici, elle était « sans issue » là bas, elle est sinueuse, à perte de vue, parfois très longue, vertigineuse, semée d’embûches mais faite de belles rencontres, riche de paysages fabuleux, intense par sa lenteur parfois, son retour sur soi, à l’essentiel, à la vie pleinement vécue car choisie par toi-même, avec ses hauts et ses bas mais toujours avec une issue, une destination, un projet….
      Continue à écrire car on voyage avec toi et c’est un très très beau voyage, …
      Bon Courage dans ta fuite, vis à fond la caisse Ta Vie, ta mumu qui t’aime

      Aimé par 1 personne

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